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Dernière mise à jour : 23 mars

Depuis deux mois, Donald Trump a multiplié les initiatives, les déclarations et les décisions à l'échelle domestique comme à l'échelle internationale. Les analystes tentent de trouver un sens à tout cela, et divergent dans leurs interprétations. Mais une chose est sûre : les réactions sont négatives partout dans le monde – sauf au Kremlin. Donald Trump et ses amis semblent vouloir saper tout ce qui a fait le succès des Etats-Unis – leadership global, diversité, primat du droit, innovation – et confirmer les clichés qui alimentent depuis longtemps l’anti-américanisme.


Manifestation anti-américaine 
Manifestation anti-américaine 

 

Depuis l'investiture de Donald Trump, les analystes se perdent en conjectures pour comprendre ses décisions. Cinq récits dominent les débats.

 

Cinq récits pour expliquer Trump II

 

Le récit du chaos voit en Donald Trump un populiste un peu confus, qui prend ses décisions au gré de ses humeurs et de ses intérêts financiers, règle ses comptes avec quiconque lui déplaît, et surestime ses talents de stratège et de négociateur. Il ne faudrait donc pas chercher une rationalité globale à ses décisions et déclarations, qui seraient avant tout les lubies d’un histrion en roue libre, auquel plus personne à la Maison blanche n’ose tenir tête.

 

Le récit du plan considère que, par-delà les provocations qui font le sel du personnage, Donald Trump a une stratégie précise destinée à libérer les énergies de l’économie américaine, à secouer un État fédéral ankylosé, et à régler les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. L’action iconoclaste de l’administration Trump provoquera certes quelques dégâts à court terme, mais le pays – ou, du moins, ses 1% de citoyens les plus fortunés – en sortira gagnant d’ici quelques mois, comme il l'avait fait pendant son premier mandat.

 

Le récit du millénarisme part du principe que Donald Trump, JD Vance, leurs amis et leurs maîtres à penser sont perdus dans des divagations apocalyptiques libertariennes et asociales, et qu’ils sont décidés à engendrer une zizanie planétaire dans l’attente d’un événement salvateur et mystique dont eux seuls seraient informés. Cette vision funeste du monde est entretenue par les complotistes qui les inspirent – Steve Bannon, Michael Flynn, Alex Jones – qui promettent d’en finir avec le Deep State et préparent l'avènement d'un nouvel âge d’or aux contours mystérieux.



Steven Bannon, lors de l'investiture de Donald Trump (20 janvier 2025)
Steven Bannon, lors de l'investiture de Donald Trump (20 janvier 2025)

 

Le récit de l’agent russe fait valoir que l’influence du Kremlin est une clé de compréhension essentielle du comportement erratique de Donald Trump. Chacun a entendu la théorie selon laquelle les leaders russes « tiendraient » Donald Trump depuis les années 1980, ou l’auraient retourné. Cela expliquerait le revirement complet du Président américain sur l’Ukraine et sur le système d’alliances des Etats-Unis. Certains vont plus loin, et estiment – je cite les termes d’un ami bien informé de la vie politique américaine, qui ne mâche pas ses mots – que « Trump exécute un plan dont les Russes rêvent de longue date pour rendre les États-Unis pauvres, isolés, faibles et stupides ».



Le récit du fasciste voit dans Donald Trump un autocrate en devenir, tel le Charles Lindbergh du roman de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique ». Son action serait un peu brouillonne – notamment afin de distraire ses opposants, les juges et les médias – mais, considérée dans son ensemble, elle viserait à faire des Etats-Unis un État autoritaire, débarrassé des pesanteurs de la démocratie et de l’État de droit, et à mettre au pas tous les opposants à ce projet.


L’histoire tranchera. Mais les résultats des deux premiers mois de mandat de Donald Trump semblent remettre en cause les quatre éléments qui faisaient des Etats-Unis la première puissance mondiale.


Les quatre piliers de la prospérité américaine


  1. Le leadership global

Bien que les Etats-Unis ne comptent que 4,25% de la population de la planète, leur leadership global, économique, militaire, culturel, technologique et politique est sans équivalent.

Cependant, le pays est en train de se brouiller avec l’ensemble de ses alliés et passe désormais les plats à son ennemi de toujours, la Russie. L’Union européenne, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie sont contraints de réviser leurs alliances commerciales et militaires, et leurs stratégies de sécurité et de défense. Les pays du sud, privés de l’US Aid et frappés comme ceux du nord de droits de douane arbitraires, sont incités à adhérer au récit du "Sud Global" que la Russie et la Chine promeuvent depuis vingt ans pour contester l’hégémonie de l’Occident, et tout particulièrement celle des Etats-Unis.

Par ailleurs, en se ralliant au panache jaune de Donald Trump, les patrons des sociétés américaines les plus innovantes et les plus prospères ont déclenché un mouvement de boycott d’une ampleur inédite. Les 7,5 milliards de consommateurs non-américains ont compris qu'ils peuvent se passer des produits et services des Etats-Unis et décider de commercer entre eux. A Washington, la menace a d'abord fait sourire, mais les "7 magnifiques", principales entreprises américaines de la Tech, connaissent aujourd'hui un trou d’air boursier, et les commandes de Tesla et de F35 sont remises en question partout dans le monde.




  1. E pluribus unum

Les Etats-Unis sont un pays fondé sur la notion de diversité : diversité des treize Colonies originelles, qui s'étaient rebellées contre la domination de la Grande-Bretagne, diversité aussi d'une société qui rassemble des personnes dont les origines, les croyances et les conditions sont des plus variées, mais qui sont toutes unies dans leur attachement aux institutions et au rêve américain.

Toutefois, dès son investiture, Donald Trump s’en est pris à l’État Providence et au système de santé. Ils n’ont jamais été particulièrement généreux et efficaces, mais les restrictions budgétaires vont avoir des effets dévastateurs pour les citoyens les moins aisés et vont rapidement créer de profondes tensions sociales. Les coupes claires opérées par Elon Musk dans les programmes et les administrations fédérales ne feront qu’envenimer les choses, et l'on peut déjà mesurer l'impact de tout cela sur l'opinion publique.



Donald Trump a aussi porté un coup d'arrêt à la politique "DEI" - diversity, equality and inclusion - qui était centrale sous le mandat de Joe Biden. Cette politique visait à promouvoir l’inclusion et la lutte contre les discriminations envers divers groupes minoritaires (LGBT+, personnes de couleur, handicapés…). Le revirement des autorités américaines à ce sujet, qui dénoncent chaque jour les dérives du « wokisme », a eu des effets immédiats sur les multinationales et Hollywood, qui ont largement abandonné cet objectif et les éléments d’évaluation qui les accompagnaient. Si le mouvement "DEI" a parfois manqué de nuance, le rejet radical par Donald Trump et ses comparses du concept de société multiculturelle, et leur haine obsessionnelle des personnes homosexuelles ou trans, effacent soixante-dix ans d’histoire américaine en faveur de la défense des droits civiques.

Enfin, en faisant la chasse aux immigrés illégaux, et en traitant tous les étrangers comme des suspects, l’administration Trump s’en prend à l’essence de la société américaine, qui – Amérindiens mis à part – n’est composée que d’immigrés et de leurs descendants. Cela va aussi pénaliser des secteurs entiers de l’économie (construction, agriculture, industrie lourde, services…) qui n’offrent pas des salaires acceptables pour des citoyens américains, et bénéficiaient d’un avantage concurrentiel décisif en disposant d’une main d’œuvre docile et bon marché.


  1. Le primat du droit 

Les Etats-Unis sont un pays fondé sur le droit à bien des égards, qu'il s'agisse du caractère quasiment sacré de la Constitution, de l'importance accordée aux droits des citoyens, de la centralité du système judiciaire ou encore de l'omniprésence des hommes de loi dans les relations sociales et économiques. Depuis l'investiture de Donald Trump, cette tradition est pourtant battue en brèche à un double titre.

La liberté d'expression, d'abord. Les Etats-Unis sont la patrie des droits individuels et de la liberté de pensée et de parole. Dans ce pays, il est possible de tout dire et de tout écrire – pour le pire, mais aussi pour le meilleur. Cette liberté a en effet nourri la créativité de ses romanciers, philosophes, élus, musiciens, cinéastes, humoristes... Mais, désormais, les leaders américains, pourtant champions autoproclamés de la libre expression décomplexée, entendent faire taire tous ceux qui critiquent leurs actions et leurs propos, et museler les médias.

L'autorité des juges, ensuite. Lorsque le leader d’un régime démocratique commence à prendre des libertés avec les institutions et l’État de droit, les juges sont en première ligne pour le rappeler à l’ordre. Un responsable politique, quelle que soit sa popularité et le soutien dont il bénéficie dans la population, ne doit en effet pas pouvoir remettre en cause les règles fondamentales relatives à l’organisation politique et sociale d'un pays. Pourtant, depuis son investiture, Donald Trump développe une conception très personnelle de la constitution américaine et multiplie les décisions contraire au droit. Certains juges s'y sont opposés, mais désormais le président exige de la Cour suprême qu’elle les mette au pas et conteste le principe même de l'indépendance de la justice.


  1. La science

Le gouvernement fédéral s’attaque aussi à ce qui a toujours été l’atout majeur des Etats-Unis : ses universités et ses laboratoires, qui attirent les cerveaux du monde entier, dominent la recherche internationale et ont nourri le leadership technologique du pays. En faisant des savants des ennemis, en supprimant les financements de toutes les recherches comportant l’un des 120 mots-clés honnis par Donald Trump, en s’en prenant plus largement au savoir et à l’éducation, en affirmant la supériorité de la Bible sur la science, le président américain sabote ce qui a permis à son pays d’assoir une domination économique insolente et d'exercer son leadership sur les nouvelles technologies.

Ce rejet de la science est particulièrement sensible pour tout ce qui a trait à la défense de l'environnement. Les Américains, qui sont historiquement les plus gros pollueurs de la planète et ont développé le mode de vie le moins écologique qui soit, ont en effet renoncé à toute ambition en la matière. L’heure est à la dérégulation, à l’exploitation de toutes les énergies fossiles disponibles – aux Etats-Unis ou ailleurs – sans considération pour l’environnement et le destin du monde, et à l’arrêt de toutes les recherches relatives à la pollution et au changement climatique.



Manifestation pour la défense de la science
Manifestation pour la défense de la science

Une stratégie qui nourrit l’anti-américanisme ?

 

On peut certes relativiser les deux premiers mois du mandat de Donald Trump. Affirmer que son action doit s’évaluer sur le moyen terme et considérer que les gens s’émeuvent un peu vite de quelques coups d’éclat d’un leader qui a besoin d’attention et a soif de revanche sur l’administration Biden. Il faut aussi distinguer les citoyens américains de leurs leaders, rappeler que seuls 30% des électeurs ont voté pour Trump, et que beaucoup parmi eux n’ont pas voulu tout cela. Il faut aussi anticiper une possible défaite électorale des Républicains aux « midterms » de 2026. En somme, Donald Trump, JD Vance et Elon Musk ne sont pas les Etats-Unis.


Il reste que les dégâts causés à l’image du pays sont profonds et sans doute durables, car les décisions et provocations du président et de ses amis viennent réactiver des stéréotypes établis de longue date. En effet, ils confortent avec une opiniâtreté surprenante tous les clichés qui nourrissent l’anti-américanisme, très présent dans certaines familles politiques et certaines régions du monde. Ce courant de pensée, qui décrit les Etats-Unis comme une nation égoïste, vorace, brutale, bigote et irresponsable, connaît un regain inattendu. Les leaders américains sont non seulement en train de porter atteinte aux piliers de la prospérité de leur pays, mais aussi d'inciter le reste du monde à faire sans les Etats-Unis – qu'il s'agisse de commerce, de culture ou de sécurité.


Olivier Costa








Mardi 11 mars, Donald Trump a organisé à la Maison Blanche un happening publicitaire pour encourager les Américains à acheter davantage de Tesla. Face à la dégringolade de l’action et des ventes du constructeur, le Président américain a dénoncé le « boycott illégal » qu’organisent ceux qui n’apprécient pas les actions et propos d’Elon Musk – qu’il s’agisse de la réduction des dépenses fédérales, de son soutien à diverses formations d’extrême-droite par le monde, de son aversion pour les minorités ou de sa gestuelle évocatrice. Il est cependant peu probable que les ennuis de Tesla cessent, car ce boycott est d’une nature inédite. Et le soutien de Donald Trump à Elon Musk est sans doute plus un baiser de la mort qu’une main secourable...



Présentation de la gamme Tesla à la Maison blanche, le 11 mars 2025
Présentation de la gamme Tesla à la Maison blanche, le 11 mars 2025

Le phénomène Tesla

 

Tesla est un phénomène unique dans l’industrie automobile. En partant de rien et en étant le premier constructeur à investir massivement – avec beaucoup d’audace et un certain sens du marketing – le créneau de la voiture électrique, Tesla a connu un succès insolent, notamment en bourse. Par sa capitalisation, la marque d’Elon Musk est devenue de très loin le premier constructeur automobile, sans que cela ait le moindre rapport avec ses résultats ou ses chiffres de production.

 

 

Capitalisation boursière des constructeurs automobiles, 13 décembre 2024
Capitalisation boursière des constructeurs automobiles, 13 décembre 2024

Ainsi, fin 2024, Tesla présentait une valorisation boursière de 1.500 milliards de dollars, soit 57% de l’ensemble du secteur. Pourtant, Tesla n'est que le 11° constructeur par le chiffre d'affaires et n’a vendu en 2024 que 1,8 million de véhicules – contre 11,2 millions pour Toyota, qui n'est capitalisé qu'à 231 milliards. En somme, Tesla est 40 fois plus valorisé par véhicule vendu que Toyota.



Chiffre d'affaires des constructeurs au premier trimestre 2024
Chiffre d'affaires des constructeurs au premier trimestre 2024

Cette disparité est le signe d’une situation boursière déconnectée des performances effectives de l’entreprise, car fondée sur les anticipations de l’évolution du marché automobile à moyen terme, de l’arrivée de la conduite autonome et de la fin des moteurs thermiques. Fort de ce succès, Elon Musk est devenu l’homme le plus riche du monde, avec une fortune atteignant 462 milliards de dollars en décembre 2024. C'est ce que gagnerait un smicard en 27 millions d’années de travail. Cette somme permettrait de tapisser l'intégralité du département des Alpes Maritimes avec des billets d'un dollar...

 


L’effondrement des ventes et du cours de l'action

 

Depuis l’entrée en fonction d’Elon Musk au DOGE, les ventes de Tesla s’effondrent un peu partout dans le monde : moins 30, moins 50, moins 80% selon les pays. Des concessions ferment, des possesseurs de Tesla bradent leurs véhicules, et l’entreprise perd désormais des fortunes. La valeur boursière de Tesla a fondu de 800 milliards de dollars en trois mois – chiffre totalement inédit dans l’histoire du capitalisme.

 


Cours de l'action Tesla depuis six mois
Cours de l'action Tesla depuis six mois

Les experts estiment qu’il ne faut pas sauter aux conclusions, et que plusieurs phénomènes expliquent cette contre-performance, selon eux passagère : l’attente de nouveaux modèles Tesla, le refroidissement du marché des voitures électriques, l’anticipation par les clients de baisses de prix, la montée en puissance des concurrents européens et chinois…

 

Il faut cependant se rendre à l’évidence : cette chute est tellement vertigineuse qu’elle ne peut être sans rapport avec le comportement d’Elon Musk et les décisions qu’il prend chaque jour au sein de l’administration Trump. En 2024, les sondages indiquaient que 9 conducteurs de Tesla sur 10 n’envisageaient pas d’acheter une autre marque. Posséder une Tesla, c’était comme avoir un Mac : une sorte de religion, qui impliquait de l’exclusivité. Beaucoup de propriétaires de Tesla pouvaient parler des heures durant de leur véhicule et des choix disruptifs opérés par le constructeur. Mais le vent a tourné. Les consommateurs affirment désormais se défier de Musk comme de Tesla, et les possesseurs de ces véhicules craignent d’être stigmatisés ou harcelés, et de faire les frais d’un effondrement du marché de l’occasion.

 


Les critiques d’Elon Musk sont-ils tous des jaloux ?

 

Sur les réseaux sociaux, quiconque critique Elon Musk est immédiatement accusé d’être un jaloux, un technophobe ou un gauchiste. De manière plus constructive, certains font valoir qu’on ne juge pas l’évolution de la bourse sur deux mois et que le succès boursier de Tesla n’est pas irrationnel, car nourri par des perspectives de développement riantes — nouveaux modèles, Robotaxis et technologie de conduite autonome complète (FSD). L’élection de Donald Trump avait en outre accru l’engouement pour la marque : l’influence d’Elon Musk à la Maison blanche devait lui permettre d’obtenir de nouveaux marchés publics (les coupes dans le budget fédéral devant épargner Tesla, SpaceX et Starlink) et de se débarrasser des normes de sécurité qui brident le développement de ses projets.



Elon Musk lors de l'investiture de Donald Trump
Elon Musk lors de l'investiture de Donald Trump

Musk ne s’est en effet jamais soucié de sécurité. Sa désinvolture en la matière fait même partie de sa stratégie de conquête spatiale: il sacrifie des lanceurs en phase de mise au point plutôt que de les fiabiliser en bureau d’études, et laisse les satellites Starlink retomber dans l’atmosphère sitôt devenus obsolètes. Il a géré X sans davantage de prudence, préférant voir les usagers partir par millions plutôt que d’entendre leurs récriminations. Il y a aussi 10 fois plus d’accidents du travail chez Tesla que chez les autres constructeurs automobiles. Le succès d'Elon Musk, indispensable à la conquête de Mars et au sauvetage de l'humanité, ne saurait s’embarrasser de normes et d’atermoiements.

 


Débris d'une fusée Starship
Débris d'une fusée Starship

 

Tesla : une image durablement ternie

 

Musk a d’abord nié tout problème, mais le petit happening publicitaire organisé hier à la Maison Blanche montre qu’il a pris la mesure des dégâts. Pour Tesla, le problème est en effet double, et bien plus sérieux que ne le disent les analystes de l’industrie automobile.

 

D’abord, Elon Musk a beaucoup fait pour le succès de ses marques. C’est un personnage public et charismatique, avide de médiatisation et de gloire, un gourou comme les affectionnent les fans de nouvelles technologies. Il fascinait par sa vision, son audace, sa soif de rupture, sa capacité à faire des paris insensés et à anticiper des évolutions majeures. Rouler en Tesla, c’était partager tout cela et préparer la conquête de Mars. Avoir des actions Tesla, c’était comme investir dans les Bitcoins en 2000, tout en contribuant à une décarbonation radicale du transport. Mais ce rôle de premier plan d’Elon Musk a un prix car, quand le patron déraille, c’est tout le train de la société qui finit dans le ballast.



Projection sur le siège de Tesla
Projection sur le siège de Tesla

Elon Musk n’est pas juste un personnage un peu maladroit, qui ne mesure pas la portée de ses propos ou se comporte bizarrement au motif qu'il souffrirait, selon ses zélotes, du syndrome d’Asperger. C’est un mégalomane paranoïaque et haineux, comme on en croise dans les films de James Bond des années 1970. Il est foncièrement raciste et homophobe, soutient l’extrême-droite partout dans le monde, assume son aversion pour la démocratie et la lutte contre les discriminations, exprime son amour de la foule avec des saluts nazis et déploie une énergie folle, lui, l’homme le plus riche du monde, à priver les gens les plus déshérités des aides publiques dont ils bénéficiaient. Quand il dérape, il ne se repent pas, ne s’amende pas, ne s’efface pas : il persiste, sourit et assume. Aujourd’hui, c’est donc un porte-étendard bien encombrant pour les responsables de Tesla et les fans de la marque.

 


De sombres perspectives pour Tesla

 

En second lieu, le boycott de Tesla est d’une ampleur et d’une puissance inédites. Il n’est pas le fait de quelques activistes ou associations, mais de millions de personnes qui condamnent les outrances d'Elon Musk ou cherchent des moyens de freiner la dérive illibérale de Donald Trump. Sauf si Elon Musk se sépare du constructeur automobile, personne ne pourra, dans six mois, deux ans ou cinq ans, prétendre acheter une Tesla sans assumer une forme de soutien aux idées du patron de la marque. Et la dénonciation par Donald Trump du boycott « illégal » organisé par « les gauchistes » ne fera qu’accentuer le phénomène, en soulignant le caractère politique de l’achat d’une Tesla.

 

Certes, les boycotts ne durent pas. Mais d’ordinaire ils viennent sanctionner une erreur de communication ponctuelle, le dérapage d’un patron – comme dans les cas de Barilla ou de Guerlain – ou une décision controversée. Les marques font amende honorable, s’organisent pour faire oublier le bad buzz et les choses rentrent dans l’ordre. En outre, un boycott n’est pas toujours simple à organiser ou à assumer : les consommateurs ne changent pas facilement d’habitudes et ne sont pas prêts à des sacrifices à moyen terme. Mark Zuckerberg et Jeff Bezos ont eux aussi pris des positions controversées dans le sillage de Donald Trump, mais se passer de Facebook ou d’Amazon n’est pas aussi simple que de changer de shampoing ou de café. En outre, à la différence de Musk, ces deux-là se font désormais très discrets.

 


Les milliardaires de la tech lors de l'investiture de Donald Trump
Les milliardaires de la tech lors de l'investiture de Donald Trump


Boycotter Tesla est simple et efficace

 

En revanche, boycotter Tesla est simple. L’offre de véhicules électriques est désormais pléthorique, et les autres constructeurs ont rattrapé leur retard technologique. Aujourd’hui, même le fan inconditionnel de la marque réfléchira à deux fois avant d’investir dans une voiture à l'image aussi controversée. Il faut rappeler qu'aucun bien n'est plus public qu'une voiture: chacun peut faire des choix de consommation discutables dans l'intimité de son domicile (musique, nourriture, équipements, lectures...) sans craindre pour sa réputation, mais il est impossible de cacher un véhicule. Sa fonction d'affichage est même centrale dans l'acte d'achat. Ainsi, les possesseurs de Tesla étaient particulièrement fiers de leur voiture, symbole tout à la fois d'engagement environnemental, d'amour de la technologie, de dynamisme et de réussite sociale. Beaucoup de Tesla sont d’ailleurs des voitures de fonction, acquises en leasing par des sociétés qui se soucient de leur image. Elles ont choisi ce constructeur pour afficher leur foi dans le progrès technologique et leur engagement en faveur de la préservation de l’environnement; aujourd'hui, elles ne veulent en rien être associées à un histrion proto-fasciste qui fait les gros titres de la presse chaque jour et prend des initiatives désordonnées. Certes, il restera toujours une frange de supporters inconditionnels de Donald Trump ou de Tesla qui s’afficheront fièrement avec leur Cybertruck, mais ils ne seront pas assez nombreux pour compenser les effets du boycott et permettre à la marque, comme l'a promis hier Elon Musk, de doubler sa production en 2025. Enfin, on note que le boycott de Tesla a des effets particulièrement dévastateurs. Etant donné que la capitalisation boursière du constructeur n'est pas directement liée à son activité industrielle et commerciale, mais fondée sur des anticipations rationnelles, la perte de confiance dans son développement a des effets puissants.

 


Mettre Elon Musk au pas

 

Le propos n’est pas d’accabler les possesseurs de Tesla, qui ont choisi ces voitures pour leur technologie et leurs performances, et pas pour partager les convictions politiques que Musk n’avait pas encore exprimées. Les actionnaires de Tesla sont logés à la même enseigne, victimes du comportement erratique d’un patron qui, jusque-là, s’était plus distingué par son audace et sa vision que par ses dérapages. Quant aux actions violentes contre les véhicules, les stations de recharge et les concessionnaires de la marque, elles sont injustes, imbéciles et contreproductives.

 

Il faut néanmoins prendre acte de l'ampleur des ennuis que rencontre Elon Musk du fait du boycott de ses voitures, et sans doute s'en réjouir. La fortune de l'homme le plus riche du monde n'est en effet pas liquide, mais constituée d'actions dont la valeur fond comme neige au soleil. Quant à ses multiples projets industriels, ils sont financés par des prêts garantis par ses actions... Si la dégringolade de Tesla continue, Musk va vite affronter de graves difficultés financières. Ses déconvenues sont une bonne nouvelle car elles prouvent qu’il existe des contre-pouvoirs et que des milliardaires ne peuvent pas gouverner un pays sans avoir été élus à rien, et sans être responsables de leurs actes et propos devant personne. Les citoyens du monde entier envoient aujourd’hui un message au patron de Tesla, qui fera sans doute réfléchir ses pairs multimilliardaires qu’une expérience d’apprenti autocrate pourraient tenter.


Olivier Costa


Donald Trump a, de nouveau, menacé d’appliquer des taxes douanières de 25% aux importations européennes. L’Union semble désemparée : exclue des discussions sur l’avenir de l’Ukraine, elle serait divisée et dépourvue de stratégie face aux menaces du président américain. Mais est-ce bien vrai ? A y regarder de plus près, cette nième crise est peut-être en train de provoquer le sursaut politique tant attendu.

 


Donald Trump en 2025
Donald Trump en 2025


Trump : la tornade ou le chaos ?

 

Pour un chercheur, un blog est l’opportunité d’analyser et de commenter l’actualité en temps réel, sans attendre d’avoir le recul nécessaire à un article scientifique. Néanmoins, depuis l’investiture de Donald Trump le 21 janvier dernier, j’ai régulièrement renoncé à écrire au sujet de l’agitation qui s’est emparée des Etats-Unis et des réactions plus ou moins ordonnées de l’Union européenne, car la situation change de jour en jour. Chacun s’attendait à ce que Donald Trump prenne une série de décisions plus ou moins rationnelles et iconoclastes, mais personne ne pouvait imaginer qu’en cinq semaines il bouleverserait l’ordre mondial, laissant dériver les Etats-Unis vers un régime autoritaire aux mains de quelques milliardaires mégalomanes, battant en brèche la science et la médecine, organisant la discrimination de groupes entiers de la population, sabrant comme jamais dans les effectifs de l’administration fédérale, mélangeant allègrement business et action publique, s’ingérant dans la vie politique de pays tiers, remettant en cause des notions aussi fondamentales que la souveraineté des États et l’intangibilité de leurs frontières, devenant un allié objectif de la Russie à l’ONU – en votant avec la Biélorussie, le Nicaragua, la Corée du Nord et le Soudan…

 

A un journaliste américain qui me demandait récemment ce que les diplomates européens pensent de tout cela, j’ai répondu qu’ils étaient sans voix. Le type de conflit qu’ils ont l’habitude de régler est lié au choix d’un adjectif malheureux dans le discours d’un ministre, à l’oubli d’un drapeau lors d’un diner ou au report d’une visite officielle, et pas à la menace d’annexion d’un pays souverain, à la remise en cause de la légitimité d’un chef d’État ou à des décisions qui font abstraction du droit international. Les diplomates ne sont pas prêts à gérer une situation aussi outrancière, nourrie par les provocations d’un Donald Trump qui se réveille chaque matin en se demandant comment faire les gros-titres du soir.

 

Le président américain ne se contente pas, comme lors de son premier mandant, de promouvoir une vision égoïste des intérêts de son pays, tempérée par la technostructure fédérale. Désormais, il agit à sa guise et ne semble mu que par ses intérêts personnels – et ceux des businessmen qui l’entourent – et ses lubies du moment, au détriment de toute réflexion organisée sur les intérêts de son pays et de ses alliés.

 

 

L’Union européenne tétanisée ?




 

Le choc est rude, mais l’Union européenne n’est pas inerte. Elle n’a certes pas l’agilité d’une fédération, car elle doit composer avec la lourdeur d’un système décisionnel polycentrique, l’absence de véritable leadership et les divergences, parfois profondes, qui existent entre ses 27 Etats membres. Depuis toujours, l’Union est plus capable de gérer les affaires courantes que de lancer de grands projets et des réformes ambitieuses. Elle n’y parvient que lorsqu’elle se trouve au pied du mur et que la pression est suffisamment forte pour que les représentants des Etats acceptent l’idée qu’ils n’ont pas d’autre option que de lui concéder davantage de compétences et de pouvoirs, et de faire les concessions qu’exige l’émergence d’une position commune.

 

Ainsi, la crise financière de 2008 a permis à l’Union d’adopter toute une série de mesures destinées à sauver la zone Euro, qui n’auraient jamais abouti en temps normal. Il en a été de même pour la crise migratoire déclenchée en 2015 par l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens sur les côtes européennes. La pandémie du COVID19 a conduit l’Union à développer rapidement des initiatives en matière de santé publique, et a convaincu les 27 de créer une dette commune pour soutenir leurs économies. Enfin, l’invasion de l’Ukraine en février 2022 a suscité une mobilisation sans précédent sur les questions de défense et permis des avancées rapides sur nombre de sujets sensibles.

 

En outre, si l’Union européenne est parfois lente à réagir, elle ne manque pas d’idées et de projets. C’est en effet un système politique dont les acteurs défendent une multiplicité de propositions et de points de vue, et vivent dans l’attente de pouvoir les faire entendre. Face à un problème inédit, les 27 ne sont donc jamais démunis : c’est l’occasion pour les uns et les autres – commissaires, haut-fonctionnaires, ministres, diplomates, députés, experts… – d’avancer des idées préparées de longue date. Enfin, il faut rappeler que la Commission a une forte culture de l’anticipation, et raisonne toujours en termes de scénarios, en n’oubliant pas d’envisager le pire.

 

 

L’Europe tient bon

 

Depuis un mois, l’Union vit dans l’attente de l’annonce par Donald Trump de l’augmentation des droits de douane sur les produits européens. Il souffle le chaud et le froid, et multiplie les déclarations fantaisistes sur l’ampleur du déficit commercial entre les deux blocs et le refus des Européens d’acheter des produits américains. Récemment, il a présenté – en des termes très crus – l’Union comme un projet conçu pour nuire aux Etats-Unis. Le 26 février, il a renouvelé ses attaques et annoncé qu’il imposera début mars des droits de douane de 25% sur toutes les importations européennes.

 

L’enjeu est crucial, car l’économie européenne est fondée sur le commerce international : l’Union a un besoin vital d’énergie et de matière premières, et doit importer les nombreux produits qu’elle ne fabrique pas. Mais elle exporte aussi massivement sa production industrielle et agricole, et reste la seconde puissance commerciale après la Chine.

 

Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen

Une Commission plus virulente

 

Depuis l’investiture de Donald Trump, Ursula von der Leyen affirme qu’il est possible d’éviter une escalade, et que personne n’a intérêt à une guerre commerciale. La Commission a toutefois répliqué vivement aux dernières déclarations du Président américain, avertissant qu’elle réagirait « fermement et immédiatement » à de nouvelles taxes. Elle a aussi contesté le mauvais procès qui était fait à l’Union, et a rappelé que l’intégration européenne a été « une aubaine » pour les Etats-Unis, en permettant aux Américains d’exporter les mêmes produits sur tout le marché européen et d’y investir massivement. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a contesté les allégations de Donald Trump qui répète qu’il existe un « déficit commercial de 300 milliards de dollars avec l’Union ». Dans les faits, il est de 150 milliards de dollars sur les biens, compensé, à hauteur de 100 milliards de dollars, d’un surplus américain sur les services. Le déséquilibre se limite donc à 50 milliards sur un total d’échanges de 1.600 milliards de dollars.

 

La Commission affirme désormais être prête à toutes les éventualités, mais refuse de dévoiler ses intentions face à un Donald Trump passé maître dans l’art du bluff. Son désir de dialogue s’est nettement émoussé en raison de l’attitude condescendante du Président américain, qui a refusé de rencontrer Ursula von der Leyen ou Kaja Kallas, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, et qui agit comme si l’Union n’existait pas.

 

 

L’Europe restera sans doute unie

 

Il est de bon ton, dans les médias et l’espace public, de moquer la faiblesse de l’Union européenne. Elle s’illustrerait à merveille dans la volonté de Donald Trump et Vladimir Poutine de sceller le sort de l’Ukraine sans convier ni les Européens, ni les Ukrainiens, à la discussion. Il faut toutefois nuancer ce point de vue à trois égards.


D’abord, le désir des présidents américain et russe de faire abstraction de l’Union reflète aussi leur crainte de la voir émerger parmi les grandes puissances. Il y a 20 ans, personne n’aurait songé à la convier aux négociations ; refuser sciemment de le faire, c’est admettre que cela est désormais dans l’ordre des choses.

 

Le navire européen dans la tempête (IA)
Le navire européen dans la tempête (IA)

En deuxième lieu, il faut rappeler que l’Union européenne n’a pas été créée pour assurer des missions de sécurité et de défense, et que ses compétences comme son budget en la matière sont encore très limités. La situation actuelle se prête sans doute plus à réfléchir à la manière de les accroître, qu’à dénoncer la passivité d’une organisation qui doit se contenter de moyens dérisoires.

 

Enfin, il faut considérer avec prudence l’idée que les 27 seraient très divisés. Il existe certes de nettes divergences stratégiques entre ceux qui cherchent la neutralité, ceux qui pensent encore possible de négocier avec les Américains et ceux qui estiment que Trump ne comprend que les rapports de force. Les intérêts des Etats membres ne sont en effet pas les mêmes, qu’il s’agisse de sécurité ou de commerce. Les initiatives européennes sont aussi entravées par la présence, autour de la table, de quelques leaders proches de Donald Trump et/ou de Vladimir Poutine. Le Président américain ne cache pas qu’il compte sur les divisions des Européens et il est possible que, s’il décide d’imposer des taxes douanières supplémentaires, il en exempte certains Etats considérés comme « amis ».

 

 

Les précédents du Brexit et de la guerre en Ukraine

 

Il faut toutefois rappeler que, dans le passé, plusieurs leaders se sont cassé les dents à trop compter sur les divisions des européens. Ce fut le cas des négociateurs britanniques du Brexit, qui n’imaginaient pas se heurter au front uni des 27 et devoir négocier avec le seul Michel Barnier. Le référendum de 2016 n’a en effet pas suscité « l’effet domino » espéré par certains, et les Britanniques n’ont pu compter sur aucun allié au sein du Conseil européen. Il en a été de même pour M. Poutine, qui ne s’attendait sans doute pas à ce que l’Union européenne se mobilise aussi rapidement et unanimement pour soutenir l’Ukraine. Le Premier ministre hongrois, M. Orban, a certes essayé de saboter le processus, mais ses efforts ont été peu efficaces.

 

Un sommet européen est prévu le 6 mars pour évoquer le sort de l’Ukraine, en présence du président Zelensky, et envisager des solutions au possible désengagement américain de l’OTAN. Si Donald Trump met ses menaces de nouvelles taxes à exécution d'ici là, les 27 devront aussi définir une ligne de conduite. Et, contrairement à ce que l’on entend souvent dire, les solutions existent. Cela fait un an que les services de la Commission et du Conseil travaillent à une riposte, dans l’hypothèse de la victoire de Trump et du déclenchement par celui-ci d’une guerre commerciale. Ces instruments permettront de faire pression sur les Etats-Unis qui ont, eux aussi, beaucoup à perdre dans une guerre commerciale transatlantique.

 

 

Quels leaders pour porter les réformes ?

 

Dans l’Union, comme dans toute organisation, un changement d’ampleur réclame la réunion d’au moins trois conditions : un consensus sur l’idée que le statu quo n’est pas la meilleure option ; l’existence de projets de réformes ; et des personnes capables de les porter. Pour l’heure, l’Europe souffre surtout d’une absence de leadership. Les responsables des institutions européennes n’ont pas la capacité juridique ou politique de faire bouger substantiellement les lignes et, autour de la table du Conseil européen, c’est l’atonie depuis quelques années déjà. Mais les choses évoluent.

 

Emmanuel Macron, qui est désormais contraint par la situation politique française de se focaliser sur les questions européennes et internationales, a multiplié les initiatives, en organisant un mini-sommet sur la défense européenne à Paris et en s’invitant à Washington pour rencontrer Donald Trump. Cette semaine, à l’occasion de sa visite d’État au Portugal, il a appelé les Européens à se montrer « plus que jamais unis et forts » et à refuser la « vassalisation heureuse » vis-à-vis des Etats-Unis. Il est aisé de railler les gesticulations du Président français et de rappeler qu’il est reparti bredouille de Washington, mais sa mobilisation est de nature à inspirer d’autres leaders européens et à susciter une dynamique.


Emmanuel Macron et Donald Trump à la Maison blanche
Emmanuel Macron et Donald Trump à la Maison blanche

Donald Tusk, le président polonais, dont le pays assure la présidence du Conseil ce semestre, s’est lui aussi montré offensif vis-à-vis des Etats-Unis, en contraste avec la tradition très atlantiste du pays. Le Premier Ministre espagnol Pedro Sanchez a également multiplié les appels à la mobilisation et à l’approfondissement de l’Union. Friedrich Merz, le leader de la CDU et futur Chancelier allemand, s’est montré lui aussi virulent, malgré les liens historiques de son parti avec les Etats-Unis. A peine trois jours après sa victoire aux élections législatives du 23 février, il s’est rendu à l’Elysée pour un diner avec Emmanuel Macron et s’est montré enthousiaste après leurs échanges. Son arrivée à la Chancellerie sera peut-être l’occasion d’une relance du couple franco-allemand, qui a beaucoup souffert de l’affaiblissement politique d’Emmanuel Macron, de la pusillanimité d’Olaf Scholz et de l’absence d’atomes crochus entre les deux hommes.

 


Friedrich Merz
Friedrich Merz

La situation est grave pour l’Europe. Sa prétention à jouer un rôle politique sur la scène internationale et à ne pas se contenter d’être une zone de libre-échange sous influence des grands blocs est en question. Mais, que ce soit sur le plan militaire ou commercial, les coups de menton de M. Trump aujourd’hui, comme l’agressivité de M. Poutine hier, pourraient paradoxalement alimenter le sursaut politique dont l’Union a besoin.

 

Olivier Costa

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